une avancée réglementaire… qui appelle désormais une traduction concrète
Publié au Journal officiel du 8 juillet 2026, le décret autorisant les pédicures-podologues à traiter les verrues du pied « par tout traitement physique ou chimique » constitue une évolution bienvenue du champ de compétences de la profession.
En ouvrant notamment la possibilité de recourir à la cryothérapie par azote liquide, il répond à une demande ancienne des professionnels et reconnaît officiellement des compétences attendues de longue date.
Pour autant, cette évolution réglementaire ne constitue qu’une première étape. Comme souvent, la reconnaissance juridique d’une compétence ne suffit pas, à elle seule, à en permettre le déploiement dans les cabinets.
Une compétence élargie
Jusqu’à présent, les podologues pouvaient assurer le traitement des verrues du pied au moyen de traitements chimiques. Les traitements physiques, notamment la cryothérapie par azote liquide, ne relevaient pas de leurs compétences réglementaires.
Le décret met fin à cette distinction en autorisant désormais le recours à tout traitement physique ou chimique adapté au traitement des verrues du pied. Il élargit également la rédaction du texte en visant l’ensemble des verrues du pied et non plus les seules verrues plantaires, offrant ainsi un cadre plus conforme aux situations rencontrées dans la pratique quotidienne.
Une évolution positive pour les patients…
Sur le principe, cette évolution constitue une bonne nouvelle. Elle permet d’envisager une prise en charge plus complète par le podologue, sans rupture inutile du parcours de soins, et reconnaît l’expertise clinique de la profession. Elle s’inscrit également dans le mouvement général de renforcement des compétences des professions de santé de premier recours, afin d’améliorer l’accès aux soins et de répondre aux besoins croissants de la population.
…mais des questions très concrètes restent à résoudre
Pour autant, l’autorisation d’utiliser l’azote liquide ne règle pas, à elle seule, les conditions réelles d’exercice de cette nouvelle compétence. L’investissement nécessaire est loin d’être anodin. Acquisition du matériel, stockage, consommation d’azote, maintenance, contraintes de sécurité, formation des professionnels : autant de coûts qui doivent être mis en regard de la fréquence d’utilisation de cet acte dans un cabinet de pédicurie-podologie. Contrairement aux dermatologues, qui utilisent la cryothérapie pour de nombreuses indications, les pédicures-podologues n’y auront recours que pour un nombre limité de situations. La question de l’équilibre économique se pose donc légitimement. La FNP évalue actuellement ces coûts afin d’en mesurer précisément l’impact pour les cabinets.
Une compétence doit aussi trouver sa place dans la convention
Cette situation rappelle celle d’autres actes, comme la prise en charge de l’ongle incarné. Le fait qu’un acte relève du champ de compétences du pédicure-podologue ne garantit pas, à lui seul, sa reconnaissance dans l’organisation des soins ni son accessibilité pour les patients.
Pour que cette évolution produise pleinement ses effets, elle devra désormais être relayée sur le terrain conventionnel. Cela suppose notamment l’ouverture de discussions avec les pouvoirs publics afin que cette nouvelle compétence puisse être intégrée dans le cadre des négociations conventionnelles.
La Fédération nationale des podologues estime que cette réflexion devra porter non seulement sur la création d’un cadre permettant la prise en charge de ces actes, mais également sur leur juste valorisation. Les modalités de financement devront tenir compte des investissements et des charges nouvelles supportés par les cabinets, tout comme de la prise en charge de l’ongle incarné, qui demeure elle aussi un enjeu important pour la profession.
Une étape importante, mais pas un aboutissement
Le décret du 8 juillet constitue incontestablement une avancée. Il apporte une reconnaissance réglementaire attendue et élargit les possibilités d’intervention des pédicures-podologues au bénéfice des patients. Pour autant, cette évolution ne prendra pleinement son sens que si elle s’accompagne des conditions permettant son exercice effectif. C’est désormais sur ce terrain — celui de la reconnaissance conventionnelle, de la valorisation des actes et de leur faisabilité économique — que se situent les prochains enjeux pour la profession.
L’élargissement du champ de compétences est donc une étape nécessaire. Il reste maintenant à lui donner une traduction concrète afin que cette avancée puisse réellement bénéficier aux patients comme aux professionnels.
Pour la FNP, cette publication ne constitue donc pas l’aboutissement du dossier, mais son véritable point de départ. L’enjeu est désormais de transformer cette avancée réglementaire en une évolution concrète de l’exercice professionnel, grâce à une reconnaissance conventionnelle permettant aux professionnels d’investir, de se former et de proposer ces traitements dans des conditions économiquement soutenables.



