Facturation électronique : ce que les pédicures-podologues doivent vraiment savoir (sans avoir besoin d’un Doliprane)
À partir de 2026, la facturation électronique va progressivement devenir la nouvelle norme pour les entreprises françaises. Et là, beaucoup de pédicures-podologues lèvent les yeux au ciel :
« Mais je ne facture pas de TVA, pourquoi est-ce que je suis concerné ? »
Excellente question. Installez-vous confortablement, retirez vos chaussures, et voyons cela ensemble.
Pourquoi les pédicures-podologues sont-ils concernés alors qu’ils ne facturent pas de TVA ?
C’est probablement le point qui crée le plus de confusion.
Les actes de soins réalisés par les pédicures-podologues sont exonérés de TVA. Mais la réforme ne concerne pas uniquement les entreprises qui collectent de la TVA.
Elle concerne les assujettis à la TVA, c’est-à-dire les professionnels qui exercent une activité économique, même lorsqu’ils bénéficient d’une exonération ou d’une franchise. L’administration fiscale a confirmé que les professionnels exonérés ou en franchise de TVA restent dans le périmètre de la réforme.
En clair :
- Vous ne facturez pas de TVA à vos patients.
- Votre régime fiscal ne change pas.
- Mais vous devrez utiliser le nouveau système de facturation électronique pour vos échanges professionnels concernés.
Autrement dit, la réforme ne vous demande pas de devenir collecteur de TVA. Elle vous demande simplement d’utiliser le nouveau circuit de transmission des factures.
Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?
Le calendrier est relativement simple :
À partir du 1er septembre 2026
- Tous les professionnels devront être capables de recevoir des factures électroniques.
À partir du 1er septembre 2027
- Les TPE, indépendants et cabinets libéraux devront également émettre leurs factures électroniques lorsqu’ils facturent des professionnels.
Dans la pratique, les factures ne seront plus envoyées directement par e-mail sous forme de PDF classique.
Elles transiteront par une plateforme agréée qui jouera le rôle de « facteur numérique ».
Le principe est le suivant si vous facturez à un professionnel :
- Vous créez votre facture dans votre logiciel (généralement sur la plateforme dans notre cas)
- Votre plateforme agréée l’envoie à la plateforme du destinataire.
- Les données nécessaires sont automatiquement transmises à l’administration fiscale.
Pour les ventes à des particuliers (cas fréquent dans les professions de santé), il n’y aura pas de facture électronique, mais un mécanisme appelé e-reporting, c’est-à-dire une transmission de certaines données à l’administration fiscale.
Comment choisir une plateforme et s’y inscrire ?
Première bonne nouvelle : vous n’aurez pas besoin d’apprendre le langage informatique ni de coder en XML un dimanche soir.
La DGFiP a agréé plus d’une centaine de plateformes qui pourront gérer ces échanges.
Les critères à regarder
Pour un cabinet de pédicurie-podologie, les questions à se poser sont simples :
- Est-ce que la plateforme est compatible avec mon logiciel métier ?
- Permet-elle de recevoir les factures fournisseurs ?
- Gère-t-elle le e-reporting ?
- Quel est son coût ?
- L’interface est-elle compréhensible sans bac +12 en informatique ?
Les étapes d’inscription
- Choisir une plateforme agréée.
- Créer son compte.
- Renseigner son SIREN.
- Paramétrer son activité.
- Connecter éventuellement son logiciel de gestion ou de comptabilité.
Dans la plupart des cas, l’inscription devrait ressembler davantage à l’ouverture d’un compte bancaire en ligne qu’à une déclaration fiscale complexe.
Que se passera-t-il lorsque j’irai au restaurant pour un repas professionnel ?
C’est l’un des cas pratiques qui suscite le plus de questions.
Imaginons que vous déjeuniez avec un confrère pour discuter d’une collaboration ou que vous participiez à une formation.
À partir de septembre 2026, à un restaurateur qui est lui-même soumis à la réforme, la logique sera de demander une facture au nom de votre cabinet.
Cette facture pourra alors être transmise électroniquement à votre plateforme.
Petite subtilité : une tolérance subsiste pour certaines notes de restaurant de faible montant, notamment lorsqu’elles sont inférieures à 150 € HT où un simple ticket de caisse mis en comptabilté sera accepté.
Le réflexe à adopter sera donc :
« Bonjour, pourriez-vous établir la facture au nom de mon cabinet avec mon SIREN ? »
Une phrase qui risque de devenir aussi fréquente que « un café gourmand, s’il vous plaît ».
Et lorsque j’achète quelque chose au supermarché pour le cabinet ?
Vous achetez du papier pour l’imprimante, des produits d’entretien ou des bouteilles d’eau pour la salle d’attente.
Même logique :
- Demandez une facture au nom du cabinet.
- Fournissez si possible votre SIREN.
- Le commerçant pourra alors transmettre une facture électronique lorsque son système le permet.
Pour les petits achats du quotidien, une période d’adaptation est probable. Tous les commerces n’auront pas immédiatement les mêmes pratiques. (Pareil, on garde le ticket qui sera mis en comptabilité).
L’objectif reste cependant d’obtenir une facture professionnelle identifiable plutôt qu’un simple ticket de caisse.
Comment faire si j’achète du matériel d’occasion à un particulier ?
Exemple classique :
Vous achetez un fauteuil d’examen, un bureau ou une imprimante à une personne qui n’est pas professionnelle.
Dans ce cas, il n’y a pas de facture électronique.
Pourquoi ?
Parce que le vendeur n’est pas une entreprise.
La solution consiste à conserver :
- le contrat ou l’attestation de vente ;
- la preuve de paiement ;
- tout document permettant d’identifier le bien acheté.
Ces justificatifs continueront de servir de pièces comptables.
La réforme ne transforme pas soudainement votre voisin en plateforme de facturation électronique.
Heureusement.
Comment faire pour acheter ou vendre du matériel d’occasion entre deux professionnels ?
Cette fois, la situation est différente.
Si un pédicure-podologue revend du matériel à un autre professionnel ou si vous achetez du matériel d’occasion auprès d’une société, on reste dans une relation entre professionnels.
La transaction entre alors dans le champ habituel de la réforme.
La facture devra donc suivre le circuit électronique prévu, via les plateformes agréées.
Le fait que le matériel soit neuf ou d’occasion ne change pas le principe.
Ce qui compte, c’est la qualité des parties :
- professionnel → professionnel : facture électronique ;
- particulier → professionnel : justificatif classique.
Et si j’achète auprès d’un fournisseur étranger ?
Bonne question, car les achats à l’étranger constituent justement l’un des cas où le e-reporting intervient.
Par exemple :
- Vous commandez du matériel médical auprès d’une société allemande ;
- Vous achetez un logiciel auprès d’une entreprise irlandaise ;
- Vous réservez une formation auprès d’un organisme belge.
Ces opérations ne relèvent pas de la facturation électronique française, car le fournisseur n’est pas établi en France.
Le fournisseur continuera donc à vous envoyer sa facture selon ses propres modalités (PDF, facture papier, portail client, etc.).
Que devrez-vous faire ?
Vous devrez recevoir et conserver cette facture comme aujourd’hui.
En revanche, certaines informations concernant cette opération devront être transmises à l’administration fiscale via le mécanisme de e-reporting, généralement par l’intermédiaire de votre plateforme ou de votre logiciel.
L’objectif est de permettre à l’administration de suivre les opérations qui échappent naturellement au circuit français de facturation électronique.
Exemple concret :
Vous achetez un touret auprès d’une société située en Allemagne.
Aujourd’hui :
- Vous recevez une facture PDF ;
- Vous l’enregistrez en comptabilité.
Demain :
- Vous recevrez toujours cette facture ;
- Votre logiciel ou votre plateforme pourra transmettre les données nécessaires à l’administration via le e-reporting.
Et si j’achète sur Amazon ?
Il faut distinguer plusieurs situations.
Cas n°1 : vendeur français
Si le vendeur est établi en France et que la vente est réalisée entre professionnels :
➡️ facture électronique obligatoire (selon le calendrier de la réforme).
Cas n°2 : vendeur étranger
Si le vendeur est établi dans un autre pays :
- Pas de facture électronique française ;
- Transmission éventuelle des données via le e-reporting.
C’est la localisation réelle du vendeur qui compte, pas forcément le site internet utilisé.
Et si j’achète du matériel d’occasion à l’étranger auprès d’un particulier ?
Par exemple, vous trouvez un fauteuil de consultation sur un site de petites annonces en Belgique.
Dans ce cas :
- Il n’y a pas de facture électronique ;
- Il n’y a pas d’émission de facture par un particulier ;
- Vous conservez un contrat de vente ou une attestation de cession ;
- Vous gardez la preuve de paiement.
La situation est très proche d’un achat d’occasion à un particulier français.
Et si je vends à l’étranger ?
Si vous vendez un bien ou une prestation à un professionnel situé hors de France, l’opération n’entre généralement pas dans le champ de la facturation électronique française.
Selon la nature de l’opération, certaines données pourront néanmoins relever du e-reporting.
La règle simple à retenir
- Professionnel français ↔ professionnel français : facturation électronique.
- Particuliers ou opérations internationales : e-reporting lorsque la réglementation le prévoit.
- Particuliers occasionnels (vente d’occasion entre particuliers et professionnels) : justificatifs classiques, sans facture électronique.
Ce qu’il faut retenir
La réforme de la facturation électronique ne signifie pas que les pédicures-podologues vont commencer à facturer la TVA.
Elle signifie que les échanges de factures professionnelles vont progressivement devenir numériques, standardisés et automatisés.
Pour la plupart des cabinets, les actions à prévoir sont finalement assez simples :
- Choisir une plateforme agréée ;
- Vérifier la compatibilité avec son logiciel ;
- Apprendre à demander une facture au nom du cabinet lors des achats professionnels ;
- Conserver les justificatifs habituels pour les achats réalisés auprès de particuliers, ou à l’étranger.
Bref, la bonne nouvelle est que vous n’aurez pas besoin de devenir expert-comptable.
La mauvaise, c’est qu’il faudra peut-être apprendre un nouveau mot : e-reporting.
Et rien que pour ça, ça valait le coup de lire jusqu’au bout !
Le truc en +
L’e-reporting est une obligation fiscale qui consiste à transmettre électroniquement certaines informations de vente à l’administration fiscale.
Pour le comprendre simplement, il faut le distinguer de la facturation électronique (e-invoicing) :
- E-invoicing : les factures sont échangées sous format électronique entre entreprises et sont transmises à l’administration.
- E-reporting : lorsque certaines opérations ne passent pas par la facturation électronique obligatoire, les données de ces opérations sont quand même envoyées à l’administration fiscale.
L’e-reporting est un mécanisme par lequel les entreprises envoient électroniquement à l’administration fiscale les données de certaines ventes qui ne sont pas couvertes par la facturation électronique obligatoire, principalement pour permettre un meilleur suivi de la TVA.



